Catégories
Accueil

Cyberattaque d’un hôpital en Essonne: des données de santé divulguées

Évry, France | AFP | dimanche 25/09/2022 – Les pirates informatiques auteurs de l’attaque contre l’hôpital de Corbeil-Essonnes en août ont mis à exécution leurs menaces en divulguant les informations de santé volées, faisant planer un risque de chantage ou d’extorsion sur les personnes concernées.

« Je condamne avec la plus grande fermeté la divulgation inqualifiable de données piratées issues du centre hospitalier de Corbeil-Essonnes » a déclaré le ministre de la Santé François Braun dans un tweet dimanche après-midi.

« Nous ne céderons pas face à ces criminels. L’ensemble des services de l’État sont mobilisés » au côté de l’hôpital, a-t-il ajouté.

Selon les informations fournies dimanche par l’hôpital, les informations divulguées par les pirates via le « dark web » (les sites internet non référencés par les navigateurs classiques) « semblent concerner nos usagers, notre personnel ainsi que nos partenaires »

Parmi elles figurent « certaines données administratives », dont le numéro de sécurité sociale, et « certaines données santé telles que des compte-rendus d’examen et en particulier des dossiers externes d’anatomocytopathologie, de radiologie, laboratoires d’analyse, médecins », a poursuivi le centre hospitalier.

« L’attaque semble avoir été circonscrite aux serveurs virtuels et à une partie seulement de l’espace de stockage du CHSF (environ 10%) », ajoute-t-il.

C’est le blog de cybersécurité Zataz.com, qui avait donné l’alerte, affirmant qu’une « première diffusion (de données) a(vait) été orchestrée sous la forme d’un fichier compacté de 11,7 gigaoctets ».

Selon Damien Bancal, l’auteur du blog qui a pu consulter le fichier, celui-ci contient des documents aussi variés que des examens médicaux, des recours à la couverture médicale universelle (CMU), et une autorisation d’internement d’office en service psychiatrique. 

« Néanmoins, à ce stade de l’analyse des éléments en la possession des services enquêteurs, il n’est pas possible » d’accéder facilement aux données, a précisé à l’AFP le parquet de Paris. 

« Seuls les initiés peuvent accéder aux données » a confirmé M. Bancal à l’AFP.

Une enquête a été ouverte par le parquet de Paris et confiée aux gendarmes du Centre de lutte contre les criminalités numériques (C3N).

Le risque est désormais que des escrocs utilisent les données accessibles pour monter de nouvelles attaques ciblées, en utilisant les informations personnelles à leur disposition pour capter la confiance de la victime.

Mesures de sécurité 

Les attaquants vont par exemple rechercher « des patrons, des personnalités importantes », et monter des arnaques comme « les fraudes au président », où l’escroc arrive à obtenir un virement bancaire d’une institution en se faisant passer pour son dirigeant ou son directeur financier, a expliqué M. Bancal.   

Les attaquants peuvent aussi utiliser les numéros de téléphone pour monter les arnaques aux comptes personnels de formation (CPF) ou aux cryptomonnaies, les adresses mail pour faire du « hameçonnage » (en anglais « phishing », inciter l’internaute à télécharger des fichiers malveillants ou à cliquer sur des liens pour lui extorquer des identifiants et code d’accès…).

Selon l’entourage du ministre de la Santé François Braun, l’hôpital « est pleinement mobilisé pour informer individuellement les patients ainsi que les membres de son personnel concerné ».

« L’établissement veille également à ce qu’ils fassent preuve de la plus grande vigilance face aux tentatives d’escroquerie qui pourraient intervenir dans les prochains mois », a-t-on ajouté de même source. 

Dans son communiqué de presse, l’hôpital de Corbeil-Essonnes a rappelé les principales mesures de sécurité à suivre.

En cas de réception d’un email, SMS, ou appel téléphonique demandant telle ou telle action, il faut « vérifier que l’expéditeur est bien légitime et en lien avec le sujet » et  « ne jamais fournir d’informations confidentielles (bancaires, mots de passe…)« .

Il faut « être vigilant si le ton du message est pressant, qu’il vous pousse à l’action, d’autant plus si vous n’attendiez pas ce message« , a également indiqué l’hôpital.

Celui-ci recommande aussi de « vérifier les comptes associés » à un numéro de Sécurité sociale et d’en changer les mots de passe « au moindre doute« .

Selon Zataz, les hackers avaient fixé un ultimatum au 23 septembre à l’hôpital pour payer la rançon. 

L’hôpital, situé dans l’Essonne, au sud de Paris, assure la couverture sanitaire de près de 700.000 habitants de la grande couronne.

Il avait été victime le 21 août d’une cyberattaque avec demande de rançon de 10 millions de dollars, ramenée ensuite à un ou deux millions de dollars, selon les sources.

Les établissements publics ne paient jamais les rançons, la loi le leur interdisant. 

Catégories
Accueil

Les douanes américaines siphonnent les données des mobiles des voyageurs

Par Challenges.fr le 20.09.2022 à 12h30 Lecture 2 min.

Selon le Washington Post, les douanes américaines copient les données des appareils mobiles des voyageurs. La révélation rappelle le scandale de la NSA dénoncé par Edward Snowden en 2013.

Le Washington Post révèle que les douaniers ont massivement copié les données contenues dans les téléphones mobiles des voyageurs. Pas moins de 10.000 appareils par an sont ainsi auscultés et copiés. Cela va du simple mobile au PC en passant par l’iPad qui transitent par les aéroports, les ports et les postes frontières.

Selon le Washington Post ces données sont recueillies par des officiers des douanes et des frontières sans intervention d’un juge. Cela a attiré l’attention du Congrès qui s’étonne de ce que le gouvernement fera de cette immense masse d’informations. Ces données, alors qu’elles proviennent de personnes qui ne sont soupçonnées d’aucun crime, sont conservées pour une période de 15 ans.

Ces révélations ajoutent de nouveaux éléments à la façon dont la police fédérale utilise la technologie sans que les citoyens américains en aient véritablement conscience. 

Reconnaissance faciale

Les agents du FBI et des douanes, ont déjà recours à la reconnaissance faciale sur des millions de photos de permis de conduire. Ils ont également accès à des informations financières et de services publics pour remonter à leur lieu d’habitation.

Si un inspecteur a une « suspicion raisonnable » que le voyageur enfreint la loi ou qu’il représente une menace pour la sûreté du pays, il peut ouvrir une enquête, se connecter aux appareils mobiles et en copier le contenu. Mais le seuil qui permet de déclencher une requête est tellement bas que les autorités récupèrent des données sur des personnes ciblées en fonction de leur apparence ou de leur religion.

Ces révélations rappellent celles concernant la NSA, rendues publiques en 2013 par Edward Snowden. La NSA a officiellement cessé ces pratiques en 2019 en reconnaissant que certaines des données avaient été recueillies par erreur et que le système n’avait pas montré son utilité dans la recherche de terroristes ou dans la lutte contre la criminalité.

Catégories
Accueil

Poutine et Xi affichent leur solidarité face aux Occidentaux

Samarcande, Ouzbékistan | AFP | jeudi 15/09/2022 – Les présidents chinois Xi Jinping et russe Vladimir Poutine ont affiché jeudi leur volonté de se soutenir et de renforcer leurs liens en pleine crise avec les Occidentaux, lors de leur première rencontre depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Les deux dirigeants se sont réunis en marge d’un sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) à Samarcande, en Ouzbékistan, au moment où les relations entre leurs pays et les Etats-Unis sont fortement tendues.

Dans ce contexte, le rapprochement entre Pékin et Moscou, dont les relations ne sont pas exemptes de frictions, fait figure de front face à des Etats-Unis qu’ils jugent hostiles à leurs intérêts.

« La Chine est disposée à travailler avec la Russie pour assumer leur responsabilité de grandes puissances, jouer un rôle de premier plan et injecter de la stabilité et de l’énergie positive dans un monde parcouru par le chaos », a déclaré Xi Jinping au début de l’entretien retransmis en direct.

Selon la télévision d’Etat chinoise, M. Xi a également dit à M. Poutine que la Chine était prête à « travailler avec la Russie à un soutien ferme et mutuel sur les questions liées aux intérêts fondamentaux de chacun et approfondir la coopération ».

M. Poutine, de son côté, a dénoncé les tentatives occidentales de « créer un monde unipolaire », qui ont « récemment pris une forme absolument laide et sont totalement inacceptables ».

« Inquiétudes » sur l’Ukraine ?

Leur précédente rencontre remontait à février dernier, lorsque le président russe s’était rendu aux Jeux olympiques d’hiver de Pékin. Ils avaient alors proclamé leur amitié « sans limite ».

Quelques jours plus tard, M. Poutine lançait ses troupes contre l’Ukraine.

S’il a salué jeudi la « position équilibrée » de M. Xi sur l’Ukraine, le chef de l’Etat russe a aussi dit « comprendre (ses) questions et (ses) inquiétudes » à ce sujet. « Nous expliquerons en détail notre position », a-t-il ajouté, sans plus de précisions.

Pékin n’a ni appuyé, ni critiqué publiquement l’invasion russe, tout en exprimant plusieurs fois son soutien à Moscou face aux sanctions occidentales.

Selon la télévision étatique chinoise, M. Xi devait également avoir des discussions à Samarcande avec le président du Bélarus Alexandre Loukachenko, le principal allié de la Russie.

La rencontre entre MM. Xi et Poutine est l’événement le plus attendu du sommet de l’OCS qui doit durer jusqu’à vendredi et réunit plusieurs dirigeants, dont ceux de l’Inde, du Pakistan, de l’Iran, de la Turquie et des pays d’Asie centrale.

Pour M. Poutine, qui s’efforce d’accélérer un virage vers l’Asie face aux sanctions occidentales contre son pays à la suite de son offensive contre l’Ukraine, où son armée est en difficulté, ce sommet permet de montrer que la Russie n’est pas isolée.

Avant M. Xi, il s’est entretenu avec les présidents de l’Iran Ebrahim Raïssi, du Kirghizstan, Sadyr Japarov, et du Turkménistan, Serdar Berdymoukhamedov, disant à chaque fois vouloir renforcer la coopération bilatérale.

A Samarcande, M. Xi, qui effectue en Asie centrale son premier déplacement à l’étranger depuis le début de la pandémie de coronavirus, espère encore renforcer sa stature de dirigeant de premier plan avant un congrès du Parti communiste chinois en octobre au cours duquel il vise un troisième mandat inédit.

Taïwan : Poutine soutient Xi 

Comme pour signaler leur rapprochement face aux tensions avec les Occidentaux, des navires russes et chinois ont effectué jeudi une patrouille commune dans l’océan Pacifique afin de « renforcer leur coopération maritime », a déclaré le ministère russe de la Défense.

Pendant l’entretien jeudi, M. Poutine a réitéré le soutien de Moscou à Pékin au sujet de Taïwan, où des visites de responsables américains ces dernières semaines ont suscité l’ire de la Chine, condamnant une « provocation ».

L’OCS, dont les membres sont la Chine, la Russie, l’Inde, le Pakistan et quatre ex-républiques soviétiques d’Asie centrale, a été créée en 2001 en tant qu’outil de coopération politique, économique et sécuritaire concurrent des organisations occidentales.

« L’Organisation de coopération de Shanghai offre une alternative réelle aux structures orientées vers l’Occident », a assuré mardi à la presse le conseiller diplomatique du Kremlin, Iouri Ouchakov.

Le conflit en Ukraine, la situation en Afghanistan ou encore les troubles qui ont secoué plusieurs pays d’Asie centrale ces derniers mois devraient figurer parmi les principaux sujets abordés.

M. Poutine doit avoir des discussions avec plusieurs autres dirigeants, notamment vendredi avec le Premier ministre indien Narendra Modi et le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Catégories
Accueil

Des données personnelles de clients Orange Cyberdéfense diffusées en ligne

Un fichier avec les données personnelles de plusieurs centaines de ses clients a été publié dimanche sur Internet. Il contient les coordonnées de nombreux responsables informatiques d’entreprises françaises, des informations particulièrement sensibles.

LE MONDE Par Louis Adam 5 septembre 2022

Diffusé sur un forum cybercriminel bien connu, le fichier n’aurait pu être qu’une fuite de plus parmi les nombreuses du genre publiées chaque jour. Mais l’archive mise en ligne publiquement par un utilisateur du forum, dimanche 4 septembre, contient les données personnelles d’environ un millier de clients (dont le groupe Le Monde) de la solution Micro-SOC Endpoint, commercialisée par Orange Cyberdefense. Elle est donc particulièrement sensible : le leak recense ainsi le nom, le prénom, le numéro de téléphone et l’adresse e-mail du responsable informatique des sociétés affectées, c’est-à-dire de personnes dont une partie du travail consiste justement à veiller à leur cybersécurité.

L’auteur du texte qui accompagne la publication propose ainsi aux utilisateurs l’accès gratuit à un fichier comptant, selon lui, « 1 584 données clients de l’entreprise Orange cyberdéfense ». Ce chiffre correspond en réalité au nombre de lignes que compte le document et le nombre exact de clients touchés reste inconnu, Orange cyberdéfense évoquant « plusieurs centaines de clients ». Outre les données personnelles, l’auteur du message affirme également que « l’accès à leurs serveurs est également à vendre », sans donner plus de précision sur la nature de cette offre.

Orange cyberdéfense a informé les clients concernés par cette fuite dans la journée de lundi 5 septembre. L’entreprise « confirme la publication sur un forum spécialisé d’un fichier contenant des données à caractère personnel relatif à quelques centaines de clients France du service Micro-SOC » et promet que des investigations sont en cours. La société explique également avoir pris des mesures pour prévenir les autorités compétentes, mais n’évoque pas l’origine de la fuite de données.

Des profils intéressants pour les pirates

L’intérêt du fichier diffusé n’est pas dans le nombre d’entreprises touchées, mais plutôt dans le rôle qu’occupent la plupart des personnes concernées : l’archive compte ainsi plusieurs responsables informatiques ou personnes chargées de la cybersécurité des organisations. Autant de profils généralement discrets et peu exposés, mais qui sont une mine d’or pour des cybercriminels qui souhaiteraient viser des sociétés françaises. Ces informations peuvent, par exemple, être utilisées pour mener à bien des campagnes d’hameçonnage, permettant à des attaquants de voler des identifiants et de gagner l’accès au système informatique des victimes.

L’offre Micro-SOC Endpoint proposée par Orange cyberdéfense est un outil permettant de mettre en place des systèmes de détection et de réponse aux attaques sur des postes de travail et des serveurs, tout en en déléguant l’administration et la maintenance aux équipes d’Orange cyberdéfense. Le service propose également l’accès à des informations sur les attaques, du conseil personnalisé et des outils permettant la création de campagnes de phishing factices destinées à sensibiliser les employés.

Les organisations concernées vont de la très petite entreprise au grand groupe, en passant par plusieurs collectivités locales. On retrouve également des données personnelles appartenant à des responsables informatiques travaillant dans des établissements hospitaliers français.

Catégories
Accueil

Les îles Salomon interdisent à « tous les pays » d’accoster avec leurs navires militaires

Honiara, Îles Salomon | AFP | mercredi 30/08/2022 – L’interdiction faites aux navires militaires étrangers d’accoster aux îles Salomon s’applique à « tous les pays », a déclaré mercredi à l’AFP un porte-parole du Premier ministre de cette nation du Pacifique.

La veille, une porte-parole de l’ambassade américaine avait affirmé dans un communiqué que les Etats-Unis avaient reçu une notification du gouvernement de l’archipel concernant « un moratoire sur toutes les visites de la marine dans l’attente de la mise à jour des procédures protocolaires ».

Un porte-parole du Premier ministre a affirmé mercredi à l’AFP que ce moratoire « inclut tous les pays du monde » et non « un pays spécifique ».

Le porte-parole a ajouté qu’il n’y avait « aucun calendrier spécifique » concernant la mise à jour des procédures protocolaires. 

Ce moratoire fera l’objet de toutes les attentions en raison d’une détérioration des relations entre Washington et cet archipel sur lequel la Chine a une influence croissante.

Après avoir rompu en 2019 ses relations diplomatiques avec Taïwan, au profit de Pékin, le gouvernement de l’archipel a signé en avril un vaste accord de sécurité, aux contours flous, avec Pékin.

Nombre de pays occidentaux, et tout particulièrement les Etats-Unis et l’Australie, redoutent que ce pacte ne permette à la Chine d’établir une base militaire dans le pays.

Catégories
Accueil

Cybersécurité : La Polynésie n’est pas à l’abri

Tahiti, le 29 août 2022 – Alain Bauer, professeur de criminologie internationalement reconnu pour son expertise, est actuellement au fenua, où il donnera en fin de semaine deux conférences au Cnam, à Punaauia. La première porte sur les cybermenaces, la seconde sur le management en temps de crise. Menaces, responsabilité des victimes, protection des données, gestion d’une crise, il évoque les deux sujets avec Tahiti Infos.
 
Vous donnez jeudi une conférence sur la cybersécurité. On a tendance à penser qu’en Polynésie française, par sa taille et sa situation géographique, on est épargné par la cybercriminalité. Est-ce le cas ou y a-t-il une menace en Polynésie ?
“La cyber, ce n’est pas seulement de la sécurité informatique, la cyber, c’est la complexité des réseaux utilisés pour la vie, que ce soit la vie économique, la vie sociale, la communication. Si vous perdez votre téléphone portable, si vous n’avez plus de réseau, si vous n’avez plus de GPS, que vous soyez en Polynésie, à Moscou ou à Paris, ça vous fait le même effet. Nous sommes tellement habitués à notre petit appareil qui permet de prendre des photos, d’envoyer des messages, notre addiction à ces outils informatiques est telle que la perte provisoire ou longue durée est insupportable. Donc il n’y a pas de lieu privilégié et c’est ni la taille ni l’isolement qui fait la différence, c’est l’utilisation des outils. Nous sommes tellement dépendants de ces outils, où que ce soit dans le monde, dès lors que l’on s’en sert, on est potentiellement une victime des effets courts, moyens ou longs termes. Si le centre hospitalier est hacké, qu’il soit à Papeete ou à Paris, c’est pareil.”
 
Mais la perte, ce n’est pas une menace extérieure ?
“Ah si, parce que qui crée la perte ? La perte, ce n’est pas seulement un incident informatique, un bug, ça peut être aussi une menace, un rançongiciel, une volonté de détruire et pas seulement de rançonner. D’ailleurs ceux qui paient des rançons ne récupèrent pas toujours toutes leurs données. Quand vous n’êtes plus capables d’organiser des hospitalisations, des interventions chirurgicales, que vous les décalez dans le temps, que vous ne contrôlez plus vos feux rouges, que vous ne contrôlez plus votre état civil, tout ce qui est informatisé, vous devenez une victime potentielle voire réelle, parce que ne pas opérer quelqu’un dans les temps, c’est prendre le risque de le faire mourir. Ne plus être en mesure de délivrer des éléments administratifs majeurs (passeports, cartes d’identité, RIB, fiches d’état civil…), c’est vous bloquer dans toute une série de démarches qui peuvent avoir des conséquences lourdes et à long terme. Le problème, c’est que les conséquences ne sont même plus mesurables tant l’interconnexion est considérable. Et il n’y a pas de frontière dans la cyberactivité et donc il n’y en a pas plus dans les cybermenaces.”
 
Est-ce qu’on a observé une évolution, en termes de cybermenaces, ces dernières années ?
“Oui, une forte dégradation et une forte accélération. Tous les relevés du premier semestre 2022 qui sont en train d’être publiés montrent qu’on double ou on triple le nombre d’attaques, leur violence, leur virulence et leur ingéniosité chaque semestre. 2022 est une année mauvaise et la pire qu’on ait eue depuis qu’on enregistre les cyberattaques.”
 
On peut les quantifier ?
“Non, c’est comme les interceptions de marchandises volées ou de stupéfiants, vous ne savez que ce que vous récupérez. Mais plus vous en récupérez, plus il y en a.”
 
À quels types de menaces la Polynésie française est-elle exposée ?
“Il n’y a pas de spécificité locale. Évidemment, si vous avez une centrale nucléaire, je vous dirais que c’est une menace supplémentaire, mais un pays quel qu’il soit, ayant des infrastructures modernes et une connexion forte aux réseaux, a pour menaces essentiellement des rançongiciels (je prends le contrôle de votre ordinateur, je le crypte et vous le redonne qu’après versement d’une rançon), du fishing (par exemple, je me fais passer pour quelqu’un d’autre et vous demande votre code de carte bancaire ou je suis une vieille veuve et je veux vous donner 20 000 euros…). Si vous répondez, vous êtes une victime mais vous avez participé à votre propre victimisation. En général, on vous vole beaucoup d’argent. On prend le contrôle de votre carte bancaire ou on arrive à contourner vos dispositifs de sécurité, si vous en avez, ce qui est assez rare. Évidemment, il faut arrêter de mettre votre date de naissance ou le nom du chien ! 99% des attaques nécessitent votre propre participation. Et vous avez 1% de choses beaucoup plus sophistiquées, qui ne se voient pas, et qui vous coûtent beaucoup plus d’argent. En général, ce sont des attaques d’industries, des grands services publiques ou privés pour demander une rançon qui se chiffre en centaines de milliers ou millions d’euros.”
 
Justement, qui sont les cibles ? Les entreprises, les gouvernements, les particuliers ?
“Il y a de tout. Il y a le ‘phishing au chalut’, c’est-à-dire que vous récupérez n’importe quoi, des pneus, des dauphins, des thons ou vous devez faire le tri… Vous ne savez pas ce que vous allez récupérer mais comme tout est bon à prendre, vous variez votre capacité d’intervention en fonction des revenus de celui dont vous découvrez qui il est. Et puis il y a le ‘phishing à la ligne’, qui est beaucoup plus ciblé. Vous savez qui vous ciblez, vous avez fait une enquête préalable, et là, les pertes sont beaucoup plus considérables. Vous savez qui vous cherchez et vous savez ce que vous cherchez. Mais les deux se cumulent. Souvent les gens découvrent après qu’ils ont attaqué un ministère ou l’hôpital. Soit ils ont un minimum de reste de conscience et ils disent ‘désolé’, soit ils vous font un rabais en demandant moins, soit ils savent très bien ce qu’ils veulent et y vont à fond !”
 
Vous le disiez, nous sommes addicts aux nouvelles technologies. Est-ce que la 5G, les paiements sans contact ou avec le téléphone augmentent les risques ?
“Oui, parce que ça élargit la facilité d’usage, la quantité d’usage, et donc l’étendue des risques qu’on crée soi-même. Quand le téléphone servait juste à téléphoner, le pire qu’il pouvait vous arriver était d’être écouté, intercepté ou coupé. Maintenant que le téléphone sert à tout, il y a des photos dedans, des messages, des paiements, vous augmentez massivement le risque. Du coup, il faut augmenter massivement la sécurisation. Or la sécurité, c’est un élément qui vous casse les pieds. L’humain est extraordinairement rétif aux contraintes et même aux contraintes pour sa propre sécurité. Un élément qui est encore plus dangereux que les autres, c’est les réseaux sociaux. Parce qu’on y raconte des éléments intimes et personnels qui sont extrêmement intrusifs et qui peuvent être totalement détournés si on veut en faire un mauvais usage. On est plus dans le chantage, mais cela fait partie des cybermenaces.”
 
Quels sont les réflexes à adopter pour se prémunir des menaces ?
“Ceinture de sécurité, feux rouges… il faut un code de la route de la cyber ! C’est ennuyeux, contraignant, mais une fois qu’on s’y est fait, c’est bon. Ça n’évite pas toujours les accidents, mais ça permet d’y survivre. Le problème du code de la route, c’est qu’il faut qu’il soit dialogué, pédagogique, expliqué… Une des premières choses à comprendre, c’est qu’en matière de cyber, rien n’est gratuit. Les données personnelles, par exemple, restent un bien intime qui doit être préservé et pas donné en pâture par les victimes elles-mêmes à des agresseurs malveillants qui s’en servent soit pour leur faire payer des données qu’ils récupèrent gratuitement, soit pour permettre des opérations beaucoup plus dangereuses qui sont des dépossessions soit de la propriété personnelle, soit de la trollisation, c’est-à-dire la capacité par l’anonymat à subir des agressions qui amènent parfois au suicide ou à la dépression, et qui devrait être puni. Mais le réflexe de protection, c’est vous qui devez l’avoir. Donc c’est un sujet pédagogique, ce n’est pas un sujet répressif ni seulement technologique.”
 
Vous allez également donner une conférence sur le management en temps de crise. De quel type de crise parle-t-on ?
“Une crise, c’est un événement imprévu. Anticiper ou pas n’est pas le sujet, au moment où il arrive, il provoque de la stupéfaction, de la sidération, du chaos et en fonction des événements et des individus, une capacité à la réaction. En général, quand vous faites une simulation de crise (par exemple l’intrusion dans la pièce d’un individu cagoulé), il y a ceux qui ne vont rien faire parce qu’ils sont gelés par la crise, il y a celui qui va prendre une chaise et qui va attaquer l’agresseur au risque de se faire tuer, il y a ceux qui vont se cacher sous la table… Il y a toute une série de modèles qui sont ceux de l’humain. En général, quand on est dans une entreprise ou une institution, on prépare un plan de gestion de crise, et il y a ceux qui vont se précipiter pour lire le plan de gestion de crise en cherchant désespéramment une réponse qui évidemment n’y est pas, et ceux qui vont chercher à communiquer sans savoir ce qu’il se passe, et il y a les tétanisés. Donc il faut gérer ces trois catégories de personnes. Une fois que vous savez ça, vous pouvez préparer les gens. Donc on donne des modèles de simulation de crise qui permettent de déterminer des stratégies de gestion de crise. Quelle que soit la crise (typhon, tremblement de terre, invasion…), cela fonctionne toujours de la même manière, elle provoque toujours les mêmes réactions chez les mêmes gens. À partir du moment où vous ne vous posez plus le problème de savoir quelle va être la crise, mais plutôt quelles sont les règles de réaction et de management face à la crise, ça devient beaucoup plus simple. On se prépare à normaliser un événement anormal. Au lieu d’en faire une réaction, on en fait une règle fonctionnelle. L’important n’est pas de savoir de quelle crise on parle, c’est de savoir que la crise est possible et que c’est un élément d’exploitation normal et ordinaire de la même manière que n’importe quoi d’autre.”
 
Quelles sont les clés pour un management de crise ?
“D’abord, c’est justement savoir que c’est possible. Les Français sont des gens assez étranges par rapport à la crise. Si vous parlez à des chefs d’entreprise ou des responsables administratifs en France, la crise n’est pas possible, elle ne va pas arriver. Et d’ailleurs, on ne va pas se préparer parce que si on se préparait, la crise pourrait nous voir alors que si on ne se prépare pas, on va y échapper ! Alors que si vous considérez la crise comme un événement normal, vous neutralisez cet effet terrible de la crise. Et en préparant et simulant la crise, vous mettez les gens face à leur propre réaction et ils apprennent beaucoup plus. Le dernier élément, c’est la communication sur la crise. Plus on en parle, plus on crée les conditions d’une acceptation de la crise.”
 
L’une des grandes crises à laquelle tout le monde, sans exception, a fait face, c’est le Covid. Est-ce qu’on voit que des enseignements ont-été tirés ?
“C’est un peu tôt, parce que les enseignements, c’est toujours un processus long. Mais on apprend surtout qu’on a tout oublié ! La première crise du modèle du coronavirus, c’est la grippe espagnole. Tout s’est passé de la même manière avec 100 ans de différence, mais on n’a rien appris de ce qui s’était passé entre 1918 et 1921. On a tout refait pareil comme si de rien n’était, or rarement une pandémie n’a été aussi étudiée que celle de la grippe espagnole. Ce qu’on apprend, on l’oublie trop vite et notre vrai problème est plus l’amnésie que la pédagogie.”

Deux conférences

Internationalement reconnu pour son expertise, Alain Bauer est conseiller de la police de New York, de la sûreté du Québec et du Los Angeles Sheriff Department. Cet ancien conseiller de Michel Rocard est également consultant des présidents de la République française sur le terrorisme et la sécurité. Il donnera deux conférences à Tahiti :

  • Jeudi 1er septembre, à 17h, au Cnam : Cybersécurité, cybermenaces et cyberattaques : les enjeux. Ouverte à tous et gratuite.
  • Vendredi 2 septembre : Management en temps de crise dans la sphère publique. À destination du gouvernement (ministres, directeurs de cabinet et chefs de service).

Catégories
Accueil

Les îles Salomon obtiennent de la Chine un prêt de 66 millions de dollars

Sydney, Australie | AFP | vendredi 18/08/2022 – Les îles Salomon ont obtenu de la Chine un prêt de 66 millions de dollars pour financer la construction de 161 tours de télécommunications dans le pays par le géant Huawei, a annoncé le gouvernement de l’Etat du Pacifique.

Cet accord constitue le premier financement reçu de Pékin par les îles Salomon depuis la signature d’un pacte de sécurité opaque entre les deux pays en avril, après la rupture des liens diplomatiques avec Taïwan.

Le gouvernement des îles Salomon considère ce prêt comme un « partenariat financier historique » qui survient après le rétablissement des relations avec Pékin en 2019.

Les liens financiers et sécuritaires croissants entre les deux pays ont soulevé l’inquiétude des Etats-Unis et de ses alliés, notamment l’Australie voisine.

Des responsables occidentaux ont affirmé que la Chine pourrait utiliser ce pacte de sécurité pour établir une base militaire dans le pays – ce qu’a réfuté à plusieurs reprises le Premier ministre des îles Salomon Manasseh Sogavare.

Selon les conditions de l’accord, les Salomon bénéficieront d’un prêt sur 20 ans de la Banque d’exportation et d’importation de Chine, liée à Pékin, qui financera entièrement la construction des tours de télécommunications par Huawei, a indiqué le gouvernement.

Près de la moitié des tours seront construites avant le déroulement des Jeux des îles du Pacifique en novembre 2023, selon les déclarations du gouvernement.

Début août, M. Sogavare avait proposé de modifier la constitution pour repousser la tenue des élections nationales, prévues en septembre 2023, affirmant que le pays ne pourrait organiser les deux événements, soulevant de vives critiques du leader de l’opposition.

Les prochaines élections seront les premières depuis les émeutes massives contre le Premier ministre Sogavare qui avaient éclaté l’an dernier dans la capitale Honiara.

Catégories
Accueil

COMMENT LA CHINE UTILISE HUAWEI POUR SURVEILLER LE MONDE

Catégories
Accueil

ISS : la guerre jusque dans l’espace

Catégories
Accueil

“Il y a un risque de dérapage dans la zone Asie-Pacifique”

Tahiti, le 7 juillet 2022 – Le commandement du contre-amiral Jean-Mathieu Rey, à la tête des forces armées en Polynésie française et en Asie-Pacifique, prendra fin au 1er août. Au cours d’un entretien accordé à Tahiti-Infos, en marge d’une conférence de l’IHEDN, il évoque les tensions avec la Chine, les partenariats avec les pays d’Asie du Sud-Est, la lutte contre la pêche illégale et le trafic de stupéfiants au fenua ou encore le renforcement des forces armées.
 
Quel est l’état des lieux de la présence militaire française dans le Pacifique ?

“C’est une présence liée au fait que nous sommes une nation du Pacifique, et plus largement d’Indo-Pacifique, donc 2 millions de concitoyens, 9 millions de km2 de zone économique exclusive, ça veut dire une zone immense, dont il faut assurer la protection. Il y a un dispositif sur les deux océans de 7 000 militaires, 15 bâtiments de combat et 40 aéronefs (avions et hélicoptères) qui sont sur nos bases du Pacifique –Tahiti et Nouméa– mais aussi de l’océan Indien, en particulier La Réunion.”
 
Quels sont les grands enjeux dans la zone Indo-Pacifique ?

“Ce sont des enjeux de souveraineté, puisque les zones que vous ne surveillez pas ont vocation à être visitées, pillées et polluées. Il faut être présent pour affirmer notre souveraineté. Il y a aussi un enjeu sécuritaire et de défense, puisqu’on voit bien la montée des tensions avec une militarisation de la zone. De plus en plus de pays se dotent d’armes de plus en plus sophistiquées –par exemple, 50% des sous-marins du monde sont dans la zone Asie-Pacifique, il y a aussi des missiles hyper véloces, le domaine cyber se développe également. Donc il y a vraiment une montée des tensions, une militarisation et un risque de dérapage qui semble de plus en plus probable.”
 
Il y a justement une hausse des revendications de la République populaire de Chine. Vous menez des actions particulières ?

“La première des choses, c’est de réagir quand il y a une affirmation erronée de la part de la République populaire de Chine ou quel que soit le pays. La déclaration chinoise récente disant que les eaux du détroit de Taïwan sont des eaux sous souveraineté chinoise, c’est faux. C’est un détroit international. Ce qui est sous souveraineté chinoise, ce sont les eaux territoriales, soit 12 nautiques, une grosse vingtaine de kilomètres de la côte. Donc la première des choses, c’est de réagir face à ces affirmations. Et après sur le terrain également, par la présence de bateaux et d’avions pour voir ce qui s’y passe et réaffirmer la liberté de navigation. Donc quand nous avons besoin de passer dans des endroits comme le détroit de Taïwan, nous ne nous privons pas de le faire.”
 
Les États-Unis estiment à 2025 une possible entrée en guerre avec la République populaire de Chine, c’est quelque chose que vous redoutez ?

“Je perçois, en tant que chef militaire français dans l’Asie-Pacifique, une agressivité de plus en plus importante de la République populaire de Chine. Les affirmations que j’évoquais ne sont pas conformes au droit international. Nos correspondants chinois le savent très bien, alors pourquoi affirment-ils des contre-vérités pareilles si ce n’est pour provoquer ? Sur le terrain, nos bateaux sont de plus en plus souvent pris à partie par des unités chinoises qui agissent de façon illégale. Quand vous naviguez, vous devez respecter des règles, et ça, ce n’est pas toujours fait par les bateaux et les avions chinois.”
 
Avec la guerre en Ukraine, est-ce que la stratégie dans l’Indo-Pacifique a dû évoluer ?

“La première chose, c’est de confirmer que la zone reste stratégiquement importante. La guerre en Ukraine nous montre que la guerre est de nouveau possible. Deux États souverains qui se font la guerre, avec l’un qui envahit l’autre, c’est quelque chose qu’on ne connaissait plus depuis la Seconde Guerre mondiale. D’où cet impact dans notre zone, parce que la Russie est aussi un pays du Pacifique. Nous sommes amenés à opérer avec des Russes à proximité de nos unités, donc ça a des conséquences directes sur nos comportements, notre liberté de manœuvre et nos modes d’action.”
 
L’armée renforce aussi, au sein du Pacifique, ses différents partenariats ?

“Nous avons deux compétences fondamentales ici, c’est d’abord l’assistance humanitaire, parce que nous sommes sur des territoires, comme nos voisins, qui sont soumis à des catastrophes naturelles. Le réchauffement climatique aggrave ces phénomènes, donc il faut être en mesure de réagir et nous faisons ça en partenariat. Nous avons fait, il y a quelques semaines, l’exercice Marara, qui est un exercice d’assistance humanitaire, avec treize nations. Donc il y a vraiment une volonté de développer les partenariats et d’agir ensemble. Le deuxième domaine, c’est ce qu’on appelle la fonction garde-côtes, c’est la protection de nos zones économiques. On a 9 millions de kilomètres carrés de zone économique dans l’ensemble de l’Indo-Pacifique. Dans cette partie du monde, c’est la France qui a la plus grande ZEE donc il y a besoin de se protéger. Avec ses propres moyens pour affirmer sa souveraineté, mais aussi avec ses partenaires. Donc nous organisons, par exemple, un séminaire de la fonction de garde-côte du Pacifique, on a fait ça à Tahiti en novembre, Nouméa va faire la même chose cette année et en alternance, tous les ans, la France va maintenir ses relations, parce que, ensemble, unis, on est plus fort.”
 
Avec l’Australie, c’est toujours le cas ?

“Il y a eu une décision australienne (la rupture, le 15 septembre 2021, d’un contrat de 56 milliards de d’euros pour la livraison de douze sous-marins français à l’Australie, NDLR) qui a été extrêmement violente pour la France, puisque ça a été perçu par les autorités politiques et militaires comme une trahison, et donc il y a une nécessité de reconstruire la confiance parce qu’avec l’Australie, nous avons des valeurs communes. Les Australiens sont venus nous défendre dans les champs de la Somme lors de la Première Guerre mondiale, ils sont venus aussi lors de la Seconde Guerre mondiale pour regagner notre liberté, donc ça, on ne peut pas l’oublier. Après, il y a eu des choix politiques qui ne remettent pas en cause cette vocation à coopérer ensemble et on cherche à reconstruire la confiance, mais on est au début du processus.”
 
Au fenua, quelles sont les préoccupations et menaces auxquelles on doit faire face ?

“On est sous la menace cyclonique, de catastrophes naturelles, de tsunamis. Il y a la capacité de l’armée de réagir après avoir pris un coup, et c’est ce que nous avons fait aux Tonga en janvier dans le cadre des accords Franz avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande. C’est ce à quoi on s’est entraîné avec Marara pour faire ça au fenua autant que besoin.
La deuxième menace, c’est la pêche illégale, en particulier d’origine chinoise. La France est présente, surveille en permanence, et aujourd’hui c’est ma fierté de pouvoir dire que la zone économique exclusive de Polynésie française –5,5 millions de kilomètres carrés, c’est énorme, c’est la taille de l’Europe– n’est pas pillée. Elle est exploitée, de façon raisonnable, conformément aux décisions du Pays, car c’est l’État qui protège et c’est le Pays qui décide comment il exploite. Pour la pêche hauturière, environ 70 palangriers ont l’autorisation de pêcher par le gouvernement polynésien et ce sont les seuls à pêcher aujourd’hui. On me demande souvent “pourquoi je vois des Chinois dans le port de Papeete ?”. Eh bien parce qu’ils ont le droit de venir changer leur équipage, réparer leur bateau, c’est tout à fait autorisé. En revanche, ils ne pêchent pas.”
 
En matière de lutte contre le trafic de stupéfiants, y a-t-il une évolution des modes d’action ?

“C’est une préoccupation majeure pour le fenua, pour notre population et en particulier parce que la Polynésie reste sur l’axe producteur (Amérique du Sud) – consommateurs (Australie et Nouvelle-Zélande). Il y a des contrôles permanents des différents vecteurs, des voiliers et des bateaux marchands. C’est une action qui est conduite avec l’ensemble des services de l’État et du Pays, les douanes, la gendarmerie, la police et évidemment la justice.”
 
Sur l’ensemble de vos missions, la Covid a-t-elle compliqué les choses ?

“Énormément, parce qu’il y a un certain nombre de pays qui ont décidé de se renfermer sur eux-mêmes. Nos voisins français de Calédonie avaient pris cette décision. Quand vous voulez coopérer, quand vous avez tout simplement besoin d’un point d’appui pour un de vos bateaux ou un de vos avions, vous ne pouvez pas l’utiliser parce que le pays est fermé et vous n’avez pas l’autorisation de vous arrêter. Malgré la Covid, nous avons continué à opérer et nos partenaires nous ont été reconnaissants de nous voir actifs dans cette période extrêmement compliquée avec nos équipages des avions et bateaux qui étaient bloqués à bord. Ça a été des mois compliqués et très exigeants.”
 
Six cents jeunes Polynésiens par an s’engagent dans l’armée. Quel regard portez-vous sur ce chiffre ?

“Je suis admiratif de voir qu’un territoire de 285 000 habitants est capable de générer autant d’engagement que les 12 millions d’habitants en Ile-de-France. Je crois qu’il y a dans la culture polynésienne ce respect de la famille, du groupe, du pays et cette combativité –le aito– il y a une tradition qui pousse les jeunes, garçons et filles, à s’engager sur des durées variables, mais avec un sens de l’effort absolument remarquable. Il y a très peu de jeunes polynésiens qui rentrent au fenua sans avoir fini leur engagement.”
 
Allez-vous mettre en place de nouveaux moyens au fenua ?

“La loi de programmation 2019-2025 prévoit des nouveaux patrouilleurs outre-mer. Il va y en avoir six dans l’ensemble de l’Indo-Pacifique –deux à Tahiti, deux à Nouméa et deux à La Réunion. On va aussi remplacer les avions de surveillance maritime, les Falcon 200 Gardian. D’ici 2029, on aura cinq nouveaux avions, des Falcon 2 000 Albatros, donc des avions beaucoup plus grands et beaucoup mieux équipés. Le but est de garder l’avantage sur nos adversaires, dans le cas présent, les flottilles de pêche illégale, en particulier de République populaire de Chine pour bien les laisser en dehors de nos eaux.”
 
Après une réduction des effectifs des forces armées en Polynésie ces dernières années, vous estimez qu’on a besoin aujourd’hui de renforts ?

“Effectivement, il y a une logique de retour vers plus d’armée, plus de forces. Il y a un effort qui a été entrepris, qu’il faut continuer avec des régiments de tailles plus importantes pour être plus présents encore chez nous et puis être en mesure de coopérer avec nos partenaires des États-Unis, du Japon et d’Asie du Sud-Est. De la même façon avec nos bateaux, nous avons des frégates de surveillance qui sont légèrement armées. Quand on voit la militarisation du Pacifique, il faut revenir à des bateaux mieux armés comme il y a trente ans, où nous avions des bateaux avec des sonars, des torpilles, des canons, des missiles… Parce que malheureusement, c’est une réalité, la zone se militarise et se bipolarise et la France a besoin de réagir en conséquence.”
 
Les forces armées en Polynésie effectuent aussi une mission de surveillance des atolls de Moruroa et Fangataufa. Dans quel état sont-ils actuellement ?

“La mission de surveillance, c’est d’abord une mission pour maintenir l’inviolabilité de la zone, puisque c’est une zone dite proliférante, ça veut dire que quelqu’un de compétent dans le domaine pourrait recueillir des informations qui lui permettraient de déduire les caractéristiques de nos armes mais aussi d’utiliser ces informations pour développer ses propres armes. Donc c’est fondamental d’éviter ce risque. Et puis il y a le fait qu’il y a eu, sur ces deux atolls, 193 explosions et en particulier les souterraines qui ont fragilisé l’atoll donc il y un une surveillance permanente avec un système de télésurveillance. L’atoll évolue de façon positive, il n’y a pas de mouvements mécaniques, l’atoll semble être en train de se stabiliser mais la surveillance est maintenue pour être sûr. Et sur le plan radiologique, il y a des zones qui sont polluées, qui sont de taille extrêmement réduite et qui sont sous surveillance. La nature a repris ses droits. Nous maintenons autour des atolls une zone de pêche interdite pour maintenir l’inviolabilité mais il n’y a jamais eu autant de poissons que depuis quelques années parce que justement, c’est une zone préservée.”
 
Vous êtes sur le départ ?

“Oui, mon successeur, Geoffroy d’Andigné, a été désigné pour prendre son commandement le 1er août 2022.” (Jean-Mathieu Rey prendra en charge les relations internationales pour la Marine nationale (ALRI), NDLR.)
 
Quel bilan tirez-vous, à titre professionnel et personnel, de ces deux années passées en Polynésie ?

“D’abord, pour moi, ça a été un plaisir de revenir en Polynésie. C’est un territoire de la République auquel je suis très attaché, c’était ma première affectation en sortant de l’école navale. La culture, la musique, la chaleur des personnes, je danse quelques danses tahitiennes avec plaisir, j’aime bien la nourriture locale, j’aime cette société même si toute société a ses travers, je trouve qu’il fait bon vivre au fenua. J’y reviendrai parce que ma fille aînée vit et travaille ici. Je pense que c’est une richesse pour notre République d’avoir cette France sur mer –certains disent outre-mer, mais je partage l’idée du sénateur Teva Rohfritsch d’opter pour le terme “sur mer” car on est toujours l’outre-mer de quelqu’un.
Le bilan de ces deux ans, c’est le développement de partenariats dans le sens d’une meilleure coopération. Ce n’est pas toujours possible de se faire entendre par tout le monde mais la force que j’ai l’honneur de commander a fait sa part du travail. Je cite encore l’exercice Marara où nous étions treize nations, ça ne s’était jamais fait au fenua, pour travailler ensemble pour apporter de l’aide, évacuer des gens et sécuriser une zone. On a conduit ces trois phases comme dans la vraie vie. Ce sont d’excellentes réalisations et donc une satisfaction pour le chef que je suis.”